Je suis profondément convaincue que le chemin de la paix passe par l’éducation des enfants et par la possibilité de donner à chaque enfant le droit d’aller au bout de ses capacités. C’est en acceptant nos propres difficultés, en acceptant celles d’autrui, en donnant à chacun la chance de gérer ces difficultés au mieux, grâce a l’éducation durable, que nous contribuons à donner à nos enfants les outils nécessaires pour les aider à naviguer clairement dans la vie… La force n’est pas dans la perfection ni dans l’absence de difficultés. Elle est, au contraire, dans un regard lucide et généreux porté sur soi et les autres.

Carmen Chahine Debbané a quitté le Liban pendant les années noires de la guerre, munie de son diplôme de Bachelor of Science. Mais les hasards de la vie et des rencontres l’amenèrent plutôt à travailler dans la mode, dans le développement immobilier puis dans les actions humanitaires incluant l’envoi de médicaments au Liban de l’après-guerre.

Quelques années plus tard, une expérience personnelle l’amena à découvrir et à s’intéresser de près aux enfants souffrant de troubles d’apprentissage. Elle en conçut l’idée, l’utopie plutôt, de créer une structure pour aider ces mêmes enfants dans son pays natal, le Liban. Elle eut besoin de toute la force de son désir et de sa volonté pour transformer cette utopie en un vrai projet. Ainsi, après avoir mobilisé sa famille, ses amis et quelques professionnels dont feu madame Marianne Klees, grande figure de la recherche et de l’accompagnement des enfants souffrant de troubles d’apprentissages, Carmen Chahine Debbané fonda officiellement le CLES, le 8 mars 1999, et fût ainsi pionnière dans ce domaine.

Comment ce pays, ravagé par des années de guerre, et où la priorité était la survie, pouvait-il sérieusement s’intéresser à un dyslexique, un dyspraxique, un dyscalculique, un dysphasique ou un ADHA ? Ces enfants, qui ne sont pas assez handicapés pour attirer l’attention, occupent souvent les derniers bancs de la classe, échouent, redoublent jusqu’à aboutir, dans certains cas, à une réelle exclusion sociale. Combien de vies brisées et de destins ratés pourraient être évités par un diagnostic précoce et une aide efficace offerte à “ces enfants oubliés” ?